Accueil Territoire Héritage

Héritage

Héritage explore ce qu’un territoire laisse derrière lui lorsque ses usages s’effondrent : gestes de travail, matières usées, traces industrielles.
À Vitry-sur-Seine, le démantèlement de la centrale EDF devient un terrain où s’éprouvent la mémoire ouvrière, la disparition et la possibilité d’un nouvel imaginaire.

Les bleus de travail démontés, les gravats sertis comme des bijoux, les fragments tissés ensemble composent des formes de recomposition.
Ce qui est retiré — un outil, un métier, une architecture — devient matière pour inventer autre chose.

Héritage tisse des restes, propose des appuis, fabrique des sols provisoires.
Il interroge ce que l’on transmet lorsque tout se délite.
Comment, à partir du fragment, une autre continuité peut naître.

Héritage #1

2019 — Bleus de travail, cordes, mas, installation in situ 20X10X2,30 M.

Des bleus de travail sont débâtis puis rebâtis en rectangles anonymes.
Privés de leurs poches, coutures, identités distinctes, ils deviennent une surface commune.

Accrochés en ligne, comme une migration en suspens, ils évoquent les jardins ouvriers effacés par l’urbanisation — et la possibilité d’une nouvelle partition à partir des morceaux du passé.

Héritage #3

2019 — Gravats, cordage, 8x4x0,30 M.

Des gravats issus de la cuve à charbon sont sertis dans une maille souple, suspendus comme un trampoline.
Chaque débris devient une graine potentielle.
L’installation invite à recomposer ce qui est fragmenté et à imaginer comment la vie peut germer dans les ruines d’une industrie disparue.

Héritage #4

2019 — Bleus de travail tissés, structure métallique, 120x140x 2cm.

Des lambeaux de bleus de travail sont tissés ensemble, comme un sol en formation.
Un appui précaire mais fertile, qui permet d’imaginer un rebond.

Texte critique

Avec Héritage, Cécile Bonduelle s’attache à ce que laisse un territoire lorsque ses usages s’effacent : non seulement des matériaux, mais des formes de présence, des gestes, des liens, des manières d’habiter un monde.

À Vitry-sur-Seine, la disparition progressive de la centrale EDF devient un observatoire du passage : une industrie qui se défait, une mémoire qui vacille, une communauté de travail qui perd son ancrage.

Plutôt que de documenter cette perte, l’artiste s’intéresse à ce qui persiste.
Les matières récupérées — bleus de travail usés, gravats — sont abordées comme des fragments actifs, porteurs d’une énergie résiduelle.
Elles contiennent encore quelque chose du territoire qui les a produites : une épaisseur sociale, une charge de gestes, des temporalités entremêlées.

Le geste de Cécile Bonduelle consiste à remembrer : ravauder, tisser, suspendre, recomposer.
Non pour restaurer un état disparu, mais pour produire des formes capables d’accueillir un avenir.
Dans ces assemblages, la mémoire n’est jamais un poids ; elle devient une matière mobile, susceptible de se reconfigurer.

Les pièces d’Héritage fonctionnent comme des sols provisoires, des points d’appui où rien n’est complètement stable mais où tout peut potentiellement recommencer.
Le fragment n’est pas un reste : il est un principe de transformation, une manière d’entrer dans la continuité autrement.

Ce travail esquisse ainsi une éthique du soin appliquée aux territoires en mutation.
Il ne s’agit ni de célébrer un passé aboli ni de le figer en monument, mais d’ouvrir un espace où les éléments dispersés puissent encore produire une forme vivante, fragile, tenace.
Un espace où ce qui subsiste devient la condition même de l’imaginaire.

Héritage se présente alors comme un contre-monument :
non pas un lieu de commémoration, mais un lieu de passage — une manière de rendre au fragment sa puissance d’élan.