Sillon
2023 Projet imaginé pour Nuit Blanche (Nantes), sur l’Erdre, en collaboration avec l’association L’Ordre Halluciné (musique contemporaine, harpe sur toue).
Métal, embarcation — projet 2023
Une structure métallique enveloppe le bateau et, au contact de l’eau, trace des sillons.
Le bateau devient une nasse à poésie : il recueille les mouvements du fleuve et inscrit le passage.
Un tissage naviguant, qui fait du paysage un espace de circulation sensible.
SILLON explore une manière rare d’habiter un territoire : en le laissant écrire.
Ici, ce n’est plus le sol qui guide, mais l’eau.
Le projet imagine une présence qui accompagne une embarcation et en déplace la fonction.
Au lieu de transporter, elle capte.
Au lieu de traverser, elle recueille.
La structure se greffe au bateau pour en faire un outil d’écoute :
un dispositif qui accueille les mouvements du fleuve et les transforme en tracé.
Ce geste interroge ce qu’un paysage liquide rend possible :
comment un lieu se révèle lorsqu’il n’est ni fixe, ni stable, ni prévisible ?
comment lire un territoire qui se recompose à chaque instant, au rythme de ses courants, de ses remous, de ses silences ?
Le fleuve en donne la cadence : le trait suit son souffle.
Ce qui apparaît n’est pas une trace volontaire, mais un dessin issu d’une cohabitation : navigation, courants, frottements, accidents, rencontres.
Le projet ouvre ainsi un champ singulier dans le cycle Territoire :
penser le lieu comme une écriture mouvante, une partition toujours rejouée.
SILLON travaille cette idée : laisser un paysage écrire lui-même, et retenir la manière dont on circule avec lui.
C’est l’expérience d’un dessin qui se fait tout seul : le paysage compose, et l’on devient témoin de cette phrase en train de naître.
Texte critique
Avec SILLON, le territoire devient fluide : non plus un sol mais un cours, une ligne de fuite, un mouvement.
La structure tissée transforme l’embarcation en capteur de résonances. Elle récolte la poésie du fleuve, enregistre ses variations, laisse apparaître les sillons que dessine la navigation.
Le bateau n’est plus un simple véhicule : il devient une matrice, un creuset où se croisent gestes, courants, mémoires et interactions.
SILLON propose une manière singulière d’habiter le paysage : en laissant les formes se tisser avec ce qui les porte, en laissant la matière écrire ses propres traces.
Dans le cycle Territoire, cette pièce affirme que le lieu n’est jamais stable — il est ce qui circule, se laisse traverser, et se réinvente au fil du mouvement.