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Cycle du LIEN

2003 — 2023
Le cycle du Lien interroge les structures invisibles qui nous relient au monde.

Frontières intérieures, passages, schémas à revisiter.

Un cycle où se rejouent dans ses tensions et ses écarts, comme un parcours initiatique vers un horizon intérieur.

Origine

Le lien comme mémoire, comme premier tissage.
Ce qui commence, ce qui tient pour la première fois.

Genèse

Un cycle amorcé vers 2003 sur l’île d’Yeu, nourri par la récolte de fragments de bateaux de pêche auprès des marins, et poursuivi jusqu’en 2022. Il s’appuie sur les restes d’une flotte brutalement condamnée. Le plan Mellick (1996), en imposant des quotas drastiques, force les marins à désarmer leurs embarcations. La violence des destructions – coques éventrées, ponts broyés au tractopelle – devient un tremplin de création. Ces fragments portent la mémoire d’un tournant historique : témoins silencieux d’une économie et d’une culture maritime bouleversées.

Sur les chantiers de désarmement, je recueille les morceaux de bateaux, en particulier les arrières où figurent les noms : une part symbolique et intime du marin. Il faut désosser bois et fers, ôter gasoil et graisses, brosser le sel incrusté : préparer la matière comme on prépare un corps.
Ces fragments, porteurs d’histoires humaines et territoriales, sont devenus la matière vive d’un travail de transformation.
Pour ces pêcheurs, je construis un banc solide, traversé de métal, que je leur offre. Installé dehors, face au vent, il devient un lieu physique où revenir, s’asseoir, rester en lien avec leur histoire. Une manière simple et juste de digérer la perte, de continuer un temps à perpétuer leur geste saisonnier de carénage.

Entre 2003 et 2006, je récolte, nettoie et transforme les fragments en une flottille d’assises. Sorte de répertoire de patrimoine maritime, devenu outil de digestion : un rebond possible, où la mémoire se métamorphose en élan. En 2008, la commande publique de l’île d’Yeu me permet d’incarner cette idée sous la forme d’un mobilier urbain maritime: Révolution.
Au fil du temps, la matière se raréfie. Je la découpe, la scie, la multiplie : la famille s’agrandit. Je quitte le port, traverse la mer et reprends atelier à Vitry-sur-Seine. J’y couds un morceau de roche au sol, comme on plante un repère pour se rassurer. Un nouveau chapitre du corpus continu s’ouvre.

C’est dans cette transition que naît Traversée, une œuvre-pont entre l’île d’Yeu et Vitry, où les fragments maritimes trouvent une autre géographie, une autre manière de tenir ensemble.
Entre bois et fer continue de se jouer un dialogue de force et de soin, où la réparation n’efface pas la fracture, mais en fait le lieu même d’un passage.

Ce cycle explore les structures invisibles qui lient les êtres, les choses, les espaces et les mémoires. La digestion pour accueillir la transformation.

Traversée

Frontière

No frontière

Adieu vat'

Sauve qui peut!

Domectication

Les véritables

Tentatives d'unité

Ce qui reste

Résilience / Résistance

Casse-tête

Contamination

Rhizome

Matrice

Monument historique

Seuil

Perspective

Mille feux

Machine àne pas perdre l'ouest

Eden

Le geste

Le processus de fabrication est le même pour toutes les œuvres tissées de ce cycle.

Chaque fragment de bois est d’abord scié, puis longuement poncé : arête après arête, face après face, jusqu’à faire surgir les strates de peinture successives comme autant de véritables paysages miniatures.

Vient ensuite le perçage : quatre trous par carré, toujours dans la même épaisseur – deux d’un côté, deux de l’autre – en veillant scrupuleusement à ce que les axes ne se croisent jamais. Une seule erreur, et le fil ne passe plus : le tissage devient impossible.Pour la plupart de ces œuvres, cela représente plusieurs centaines de fragments, poncés douze fois chacun, et des milliers de trous, tous fait à la main, un par un.

Ce patient travail d’ajustement précède le tissage : un geste physique, exigeant, obstiné, où la matière maritime devient surface, pli, drapé ou embarcation.

C’est ce rituel commun qui relie toutes les pièces du cycle : la même grammaire gestuelle pour chacune, et pourtant une forme singulière à chaque fois.

Texte critique d’ensemble dy cycle du lien

Le cycle du Lien explore ce qui nous tient ensemble — ou nous échappe.

Fragments, tensions, nœuds, charnières : chaque œuvre examine une manière de traverser le monde en portant avec soi les restes, les mémoires, les directions, les zones d’ombre et d’élan.

Ce cycle met en scène la part invisible des relations : les frontières intérieures, les schémas hérités, les passages à franchir, les cohésions précaires, les forces traversantes qui nous déplacent malgré nous.

Le lien y apparaît tour à tour comme tissage, couture, crispation, suspension, articulation.
Il peut unir, retenir, étouffer, ouvrir, recomposer.

Il devient une matière à part entière — une pensée mise en gestes — où chaque tension raconte la difficulté d’habiter ses propres attaches, d’en défaire certaines, d’en réinventer d’autres.
Au fil des œuvres, la structure se déplace : ce qui tenait se fissure, ce qui se rompt trouve une autre logique, ce qui hésitait devient passage.

Du cercle fermé à l’éclatement, de la masse contractée à la charnière souple, le cycle déploie un mouvement intérieur qui va de la mémoire vers l’ouverture.
Le Lien n’est pas un thème : c’est un exercice d’attention.

Une manière de regarder les forces qui nous traversent, les directions qui se construisent ou se perdent, les limites qui s’adoucissent, les horizons qui s’inventent.

Un cycle où le monde tient — parfois de peu — mais selon d’autres équilibres. La suite se joue dans le cycle des Rames, qui prolonge cette traversée sous un autre geste.

Passerelle vers le cycle territoire

À mesure que les liens se déploient, un autre champ apparaît : celui des espaces que nous habitons, partageons, traversons.

Après avoir interrogé les attaches, les tensions et les passages intérieurs, le travail s’ouvre naturellement vers le territoire — non pas comme surface ou paysage, mais comme lieu d’accueil, d’usage, de commun.

Un territoire n’est jamais donné : il se construit, se négocie, se réinvente.

C’est vers cette géographie sensible, faite de seuils, de gestes collectifs et d’espaces à reconstruire, que s’oriente la suite du corpus.