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Cycle PEAU COMMUNE

Un cycle qui explore la manière dont nos corps et nos gestes fabriquent du lien: ce qui relie, frotte ou soutient.

Là où l’intime devient collectif, les matières tissent d’autres formes de présence.

Elles ouvrent un espace où chaque geste tente de répondre à une question insistante : comment fabriquer un commun qui tienne, malgré ce qui sépare ?

Mélange

Les workshops

Installation suspendu

Fête de la Science

La traîne

Mors

Tryptique des verres

Bascule

Fin de cycle — Peau Commune

Avec Peau Commune, la matière se fait lien.
De la maille partagée aux fibres dispersées, de la promiscuité à la distance, chaque œuvre explore ce passage fragile entre le corps collectif et le corps singulier.
Les gestes de couture, de découpe, de suspension ou de tissage rejouent sans cesse la tension entre appartenance et séparation, entre l’élan de se relier et la nécessité de se dégager.

Dans ce cycle, la laine — matière vivante, poreuse, mémorielle — devient un fil conducteur : elle relie autant qu’elle retient.
Les structures de métal, quant à elles, imposent leur rigidité, leur mémoire de forme, comme des architectures du contrôle.
De leur dialogue naît un champ vibratoire où la question du lien se déplace : faut-il tenir pour exister ensemble, ou s’écarter pour respirer ?

Les œuvres se succèdent comme des états de métamorphose :
Peau Commune rassemble, La Traîne emporte, Mors retient, À la tienne libère, Bascule suspend.
Elles tissent une pensée du corps collectif en mutation — un corps social, émotionnel, politique.
Chacune interroge ce que Cynthia Fleury appelle « la condition d’individuation dans le commun » : comment exister sans se dissoudre, comment relier sans enfermer.

Ce cycle prolonge ainsi mes recherches sur les formes de l’altérité et de la résonance :
l’expérience d’être traversée par les autres, par le monde, par la matière elle-même.
Peau Commune devient alors une figure de transition — un passage, une respiration partagée — avant de laisser place à d’autres gestes, d’autres alliances, d’autres peaux à venir.

Références et champs de pensée — autour de Peau Commune

Peau Commune est née d’un questionnement sur la possibilité d’un contact juste. Comment exister ensemble sans se confondre ? Comment accueillir l’autre sans effraction, sans peur ni défense ?

Cette interrogation traverse mes lectures et mes rencontres, entre psychanalyse, philosophie et expérience du corps.
Franz Veldman, inventeur de l’haptonomie, m’a profondément marquée : rescapé des camps, il voyait dans le toucher — physique ou symbolique — une condition de survie. Le contact devient alors un acte d’humanité, un “oui” adressé à la vie.

Avec Didier Anzieu, dans Le Moi-peau, cette idée prend une dimension psychique : la peau y est envisagée comme une enveloppe du moi, une frontière sensible entre le dedans et le dehors.
Elle protège autant qu’elle relie.

C’est dans cette double fonction que s’inscrit Peau Commune : une peau collective qui tente d’habiter l’entre-deux, entre protection et ouverture.

Edward T. Hall, dans La dimension cachée, décrit nos distances corporelles et culturelles : ces zones invisibles qui organisent nos relations.
C’est cette cartographie du proche et du lointain que l’œuvre déplace, quand les corps se frôlent ou s’ajustent dans la maille commune.

Chez Boris Cyrulnik et Edgar Morin, la pensée du lien vivant rejoint la résilience : la relation devient un tissage mouvant, toujours à recomposer.
Irvin Yalom et Erich Fromm rappellent que l’amour véritable — ou simplement le fait d’aimer le monde — suppose la conscience de la séparation, du manque, de la distance juste.

Les récits plus politiques, comme Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab ou Matin Brun de Frank Pavloff, rappellent quant à eux la violence des systèmes qui interdisent le contact, qui effacent le corps, qui musellent la parole.
Ils disent l’urgence de réinventer le lien et le courage du geste collectif.

Enfin, les pensées contemporaines d’Hartmut Rosa, Cynthia Fleury ou Olivier Hamant prolongent cette réflexion :
la résonance comme rapport vivant au monde,
l’individuation comme condition d’un commun juste,

la vulnérabilité comme forme de résistance au contrôle.

À travers ces lectures et ces échos, Peau Commune s’est construite comme une pensée du contact vital : un espace de friction et de soin, de résistance et de

reconnaissance.
Le textile, la maille, la peau y deviennent autant de lieux de passage où se rejoue sans cesse le paradoxe du vivre ensemble :
tenir et relâcher, se protéger et s’ouvrir, s’unir sans se perdre.

Source et réflexion autour de peau commune

Depuis l’enfance, j’ai traversé des milieux très différents.
Ces immersions successives imposaient des liens serrés, inattendus, parfois déroutants, mais toujours profonds.
L’exploration de la différence devient une clé : elle dénoue les tensions et désarme le jugement.

C’est là qu’est née ma conviction que l’unité n’est jamais donnée : elle se construit par l’accueil, l’écoute, la friction et la véritable présence.
Ces expériences ont été fondatrices. Elles ont rendu urgente l’exploration d’un lien possible, d’un commun à réinventer — ce qui deviendra
Peau Commune.

Je prends ces sujets et les mets à l’épreuve du corps, de la matière, du réel. La laine gratte, le métal blesse, le lien retient autant qu’il soutient.
J’en montre le double fond : beauté et violence, promesse et contrainte.

Je travaille à partir d’idées qui pourraient sembler consensuelles, mais je les détourne : je les rends tangibles, traversées de contradictions.
Le contact n’est jamais simple, la joie jamais sans fragilité.

En somme :
si
Peau Commune aborde le lien, la promiscuité, la joie partagée, c’est toujours à travers la résistance, la matière et la tension.
Chaque œuvre déjoue le consensus : le commun n’est ni simple ni lisse, mais un espace d’expérience, de frottement et de lucidité.