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Cycle SORTIR DE LA FORÊT

Née à la suite de la période suspendue du Covid, cette série explore le rapport entre direction, contrôle et perte de repère.
À travers vingt rames transformées, je questionne notre manière d’agir dans le monde : entre désir de maîtrise et nécessité du lâcher-prise.
Issues de gestes de pêcheurs, chargées d’usures et de récits, ces rames deviennent les témoins d’une traversée intérieure autant que collective.
Elles se plient, se figent, se cabrent, se détendent : instruments de tension, d’équilibre ou de dérive.
Dans cet ensemble, chaque rame figure un état du corps et de la pensée en mouvement, un fragment de notre navigation commune.

Genèse du projet

En 2022, j’ai poursuivi mon travail autour du lien à l’autre. Je suis partie à la recherche de rames auprès de pêcheurs, recueillant leurs histoires et leurs gestes.
La rame m’est apparue comme un prolongement du corps, un outil de propulsion et de direction, mais aussi comme une métaphore de notre rapport au réel.
En hommage aux marins, je l’envisage comme le symbole de celui qui traverse l’existence. L’objet devient sujet. Quand je saute dans mon bateau, j’empoigne mes rames avec un point précis à atteindre, mais je suis aussitôt confrontée au vent, aux courants et à mon propre inconscient.
Ainsi dans la vie, les récits collectifs, les injonctions, les formatages familiaux et sociétaux déroutent souvent notre trajectoire essentielle. La rame, ambivalente, nous offre alors sa double puissance : elle propulse autant qu’elle égare.
Elle devient l’instrument de notre désir de contrôle, de notre illusion de maîtrise, et parfois le moteur de notre perte.

Ce texte d’avant-traversée garde la trace du départ.
Les vingt et une rames qui suivent en déploient les écarts : le geste s’y tend, se fige, se dérobe où se relâche.

Trophée

Dérive

L'âme

Formatage

Injonction

Mirage

Ressac

Contre courant

Ancrage

Id

Scrupule

Bon vent

Mayday

Accostage

Écope

Liesse

Pétole

Contrepoint

Touché/coulé

Hors jeux

Molle

Regard d’ensemble

Cette série de vingt et une rames transformées poursuit une réflexion sur le lien, la direction et le contrôle.
Elles se transforment entre mes mains en objets ambivalents.

Chaque rame porte le souvenir du geste qui la met en mouvement.
D’une pièce à l’autre, je réoriente le geste et la rame tout à la fois : je les clous, les tisse, les suspends, les fige où les assouplis. La matière capte la fatigue, la patience, le souffle.

De l’injonction à la dérive, du formatage à la liesse, chaque œuvre trace une variation ballottée entre la puissance et la vulnérabilité.

– Dérive explore la mécanique du contrôle.
– Formatage en montre la discipline.
– Injonction dénonce la verticalité du pouvoir.
– Pétole, Molle ou Liesse laissent place à l’épuisement ou à la libération du geste. – Ancrage et L’Âme ouvrent sur l’équilibre entre gravité et élan.

Autrement dit, je déplace le symbole de la rame — outil de propulsion, de direction – – vers un territoire existentiel et politique :
la rame comme métaphore de nos façons d’entrer en relation avec ce qui nous entoure, dans cette zone de friction entre action contrainte et mouvement libre.

Ces rames offrent une grammaire de gestes et de métamorphoses.

Ce cycle propose une traversée : sortir de la confusion, vers une conscience du geste.
Sous cette surface formelle, on peut lire un manifeste du vivant, où la matière (bois, fer, mousse, béton) devient langage des corps sociaux : blessés, soumis, résistants, persévérants, respirants.

Sortir de la forêt, n’est-ce pas accepter de perdre la direction pour retrouver la présence ?