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Rivage

2019 — Installation in situ, bord de Seine.
Canot, câble acier.

Un canot léger plonge et resurgit au rythme du bouillonnement du déversoir, balloté par l’inlassable ressac.
Relié par un hauban presque invisible, il lutte contre le courant sans disparaître.
Une image de résilience : tenir, vaciller, retrouver le souffle.

RIVAGE explore un point où le fleuve se dérègle en continu. Dans cette zone instable, une présence affronte les forces du lieu. Le fleuve y apparaît comme un partenaire exigeant, qui oblige à ajuster son geste à chaque instant.

Sous la surface, pressions, résistances et fluctuations façonnent le lieu.
Ce qui se joue ici est une expérience :
comment tenir dans un milieu qui ne tient jamais ? Dans cette oscillation continue, le projet ouvre une réflexion sur notre manière d’habiter un territoire mouvant :
tenir sans s’agripper, céder sans disparaître, retrouver un appui malgré l’incertitude.

RIVAGE ne parle pas de résilience : il la met à l’épreuve et propose une manière d’habiter l’incertitude.
Une écoute du territoire en mouvement, où tenir devient déjà une forme de relation.

Texte critique

Dans Rivage, Cécile Bonduelle place une embarcation minimale à l’endroit le plus instable du fleuve : là où la Seine se déverse, se contracte, se réorganise en permanence.
Le dispositif est simple — un bateau tenu par un câble presque invisible — mais il suffit à transformer la zone en un théâtre de forces.

À cet endroit où le fleuve se recompose sans cesse, le canot devient un capteur de territoire, révélant en direct les tensions, les pressions et les variations du courant.

Rivage déplace ainsi la question du paysage vers celle de l’épreuve :
comment un milieu agit-il sur nous ?
comment influence-t-il nos façons de tenir, de céder, de reprendre appui ?
Ce que l’œuvre engage, ce n’est pas la métaphore d’une résilience, mais l’expérience d’une exposition réelle : une présence maintenue dans un espace mouvant, traversé d’incertitudes.
Le fleuve n’est plus décoratif, il devient co-auteur : une force relationnelle, un partenaire exigeant avec lequel il faut composer.

Dans cette oscillation continue, Rivage esquisse une forme d’« habitabilité » :
une manière d’être avec un territoire instable, de se laisser affecter par lui sans renoncer à sa place.
L’installation propose une écoute des lieux, de leurs impulsions, de leurs contraintes, de leur capacité à nous transformer.

Ainsi, Rivage s’inscrit dans le cycle Territoire par une intuition écologique profonde : un lieu transforme ce qui le traverse.